Et si des bouts de bois et de tissu servaient à éveiller les consciences sur la question du retour des biens culturels africains ? C’est le pari du projet « Venavi Nye », une initiative artistique portée par l’association Evaglo et sa directrice Tchiklono Vicky Tsikplonou. Ce projet vise à sensibiliser la jeunesse africaine à un débat crucial mais souvent confisqué par l’élite : celui de la restitution des œuvres d’art africaines pillées durant la colonisation.
La première étape du projet s’est tenue le 1er juillet 2025 à l’Institut français de Lomé (IFT). A travers des ateliers ludiques et pédagogiques, les enfants ont été initiés à l’univers fascinant des marionnettes. Ils ont découvert les matériaux utilisés, les étapes de fabrication, les différents types de marionnettes, et surtout, ils ont pu poser librement leurs questions. Des moments riches, durant lesquels certains ont même improvisé de courtes histoires avec les marionnettes mises à leur disposition.
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La deuxième étape a eu lieu le 3 juillet au musée Agnassan Paul Ahyi. Là, le projet a été présenté avec plus de détails : son origine, ses objectifs, et son importance. Pour Vicky Tsikplonou, il est impératif d’impliquer la jeunesse dans la lutte pour la restitution des biens culturels africains.
Le projet Venavi Nye parle des biens culturels que les colons ont pillés dans le passé. Ces objets sont encore conservés dans les musées européens, alors même que les pays africains s’efforcent de les récupérer. Mais à quoi bon les ramener si notre jeunesse n’est pas informée, pas impliquée ? Il faut qu’elle sache pourquoi nous menons ce combat, pour qu’elle en soit bénéficiaire et actrice.
Elle insiste également sur l’importance de réconcilier les jeunes avec les lieux de mémoire :
« Aujourd’hui, beaucoup d’enfants ne savent même pas ce qu’est un musée. C’est grave. Nous devons les reconnecter avec leur patrimoine. Ce n’est pas seulement un combat politique ou institutionnel, c’est aussi un devoir de transmission ».
Le projet trouve ainsi toute sa pertinence au musée Agnassan Paul Ahyi, lieu symbolique où se déroule une résidence artistique mêlant théâtre, marionnettes et arts numériques.

Intitulée « Venavi Nye », cette résidence propose une approche innovante, alliant art traditionnel et nouvelles technologies. L’objectif est de créer un spectacle immersif et poétique qui transmette, à travers les marionnettes et les projections numériques, les valeurs de mémoire, de transmission et de patrimoine. Le projet veut replacer les jeunes au cœur du débat culturel et leur faire comprendre la richesse des objets à rapatrier, leur portée éducative et leur potentiel pour le développement économique et culturel du continent. Durant cette résidence, les artistes travaillent à la conception d’un spectacle articulé autour de récits inspirés des traditions locales et de l’histoire collective.
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L’œuvre finale sera présentée le 19 juillet 2025 lors d’une grande soirée au musée Agnassan Paul Ahyi. En amont, une avant-première est prévue le 12 juillet à la médiathèque de l’Institut français. La représentation sera suivie d’un échange avec le public et fera l’objet d’une captation pour une diffusion en ligne.
Le public ayant assisté aux premières activités se montre déjà très enthousiaste. Cornelia Amouzou, participante, confie :
Au début, quand j’ai entendu le nom Venavi Nye, je pensais qu’il s’agissait d’un spectacle sur les jumeaux. Je ne savais pas que cela parlait du rapatriement de nos statuettes et de nos objets. Les marionnettes sont un moyen d’expression puissant, aussi bien pour les enfants que pour les adultes, sur cette thématique.
Même impression du côté de Mawulolo Akoussan, passionné d’art visuel :
C’est un projet louable. Nous avons remarqué que les Béninois ont déjà récupéré une bonne partie de leurs biens culturels. A travers ce spectacle, nous emboîtons le pas. Et comme on le dit, le théâtre éduque et forme. Si ce spectacle pouvait faire une tournée dans les établissements scolaires, ce serait une très bonne chose.
Avec « Venavi Nye », la marionnette n’est plus un simple divertissement. Elle devient un outil de mémoire, un vecteur d’engagement et une voix pour faire entendre celle de toute une jeunesse trop longtemps tenue à l’écart des grands débats patrimoniaux.
Amen TEWOU



























