Afua Mawusimé Afeto, la voix engagée de Kloto 3

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Afua Mawusimé Afeto, une leader engagée dans les Kloto
Afua Mawusimé Afeto, une leader engagée dans les Kloto

Politique, entrepreneuriat, social… Elle est sur tous les fronts. Dans la commune de Kloto 3, le nom d’Afua Mawusimé Afeto ne passe plus inaperçu. Qu’on la croise sur un terrain de football, dans une salle de formation pour femmes ou au détour d’une ruelle de Kouma Konda, elle présente le même engagement au service de sa communauté. Mariée, mère de deux enfants, elle incarne une nouvelle génération d’acteurs locaux.

Son engagement ne date pas d’hier. Diplômée en gestion des ressources humaines et en secrétariat administratif, Afua Afeto fait ses premiers pas en politique au sein du Comité d’action pour le renouveau (CAR), formée notamment grâce à la fondation allemande Konrad Adenauer. « J’ai été identifiée pour faire partie des Amazones du CAR. C’est là que j’ai bâti mes premiers fondements politiques », confie-t-elle. Puis, les expériences s’enchaînent : opératrice de saisie à la CENI, assistante du premier rapporteur, puis cadre au sein d’ONG comme le CADR ou la GIZ. Une vie professionnelle déjà bien remplie qu’elle quitte pour “revenir chez les siens” afin de soutenir le développement de sa commune.

L’action sociale au cœur de son engagement

En 2019, elle entre dans l’arène politique locale. Refusant de rejoindre des listes toutes faites, elle monte la sienne avec des artisans, des agriculteurs, des chauffeurs. « C’était une vraie liste de terrain, avec ceux qui vivent dans la commune au quotidien », raconte-t-elle. Avec peu de moyens mais beaucoup d’envie, elle décroche deux sièges aux locales, devenant l’une des rares femmes tête de liste dans le Kloto. Son premier combat ? Faire exister les femmes sur la scène politique et administrative. « Beaucoup n’avaient même pas de certificat de nationalité. J’ai dû commencer par là. Aujourd’hui, j’ai quatre femmes avec moi sur ma liste ».

Sur le terrain, Afua Mawusimé Afeto s'adresse au public
Sur le terrain, Afua Mawusimé Afeto s’adresse au public

Femme de dossiers mais aussi femme de terrain, Mme Afeto est partout : dans les écoles, sur les places publiques, dans les quartiers reculés. Elle a été l’une des pionnières de l’organisation de la Journée internationale de la femme à Kloto 3, réunissant plus de 1 000 femmes. Elle a lancé des caisses de solidarité pour les femmes entrepreneures, aujourd’hui au nombre de 90. Chaque année depuis 2012, elle prime 30 jeunes filles pour leur réussite scolaire. Elle parle de ses actions avec la fierté des bâtisseuses.

 Je suis avec les femmes dans les champs, je les forme, je les aide à lancer des AGR, je leur achète des séchoirs ou des machines à coudre. C’est ça ma mission .

Férue de culture et des sports

Elle a aussi lancé le festival ‘Totoeame’, un événement pour préserver les chants et danses traditionnelles des montagnes et redonner la joie aux femmes. Côté sport, elle est initiatrice d’un tournoi de football interlocalités. « C’est en jouant dans la rue qu’on a découvert Adébayor. Pourquoi pas ici ? », lance-t-elle. Mais ces initiatives rencontrent souvent des résistances. « Comme je ne suis pas au niveau décisionnel, certaines de mes idées sont bloquées ou récupérées. J’ai dû rebaptiser mon événement Tournoi de l’amitié pour continuer ».

Mawussimé Afeto accorde une interview à un journaliste
Mawussimé Afeto accorde une interview à un journaliste

Conseillère municipale, elle déplore un manque de collaboration au sein du conseil communal, dominé par les politiques. « On veut politiser tout. Dès que ça vient de moi, ça coince. Pourtant, je ne suis pas une politicienne au sens classique, je suis une femme de projet ». Malgré les obstacles, elle continue : elle scolarise des enfants qui ne sont pas les siens, forme des jeunes dans sa ferme, soutenue par sa famille, qu’elle salue comme son “premier partenaire financier”.

Sa vision pour Kloto 3

La priorité de Mme Afeto, c’est de donner un avenir à la jeunesse.

Beaucoup n’ont même pas de nationalité. Je veux les aider à l’obtenir, les former et leur permettre de vivre dignement.

Elle évoque son travail à la ferme-école de l’ONG CADR, ses projets de jumelages, et l’idée de réactualiser le Plan de développement communal (PDC) pour en faire un véritable outil de transformation, financé par la diaspora et les partenaires techniques. « La diaspora est prête. Elle attend juste que les choses soient bien cadrées pour s’engager davantage ».

Au cœur de son programme, la transparence dans la gestion communale. Elle souhaite impliquer les citoyens dans les décisions, notamment en matière de collecte et d’utilisation des taxes. « Aujourd’hui, on collecte les taxes sans eux. Demain, on décidera ensemble, et on leur fera les comptes en public. Il faut restaurer la confiance ».

Lorsqu’on lui demande comment elle veut qu’on se souvienne d’elle, elle répond sans hésiter : « Comme une citoyenne engagée. Je veux voir une jeunesse debout, responsable, des femmes autonomes, une commune où les projets parlent plus que les promesses ».

Mais sa voix tremble un peu lorsqu’elle évoque les élites du Kloto 3 : « Je suis triste quand je vois que ceux qui ont les moyens de faire changer les choses préfèrent courir derrière des postes plutôt que construire leur maison ». Un appel, lancé sans amertume, mais avec force, à revenir au service du bien commun.

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