Obtenir de l’eau potable reste, en 2026, un véritable combat quotidien dans certaines localités du Togo. La photographe mauricienne Melisa Madanamootoo a documenté, à travers son objectif, le quotidien de communautés confrontées à cette réalité dans la commune de Kloto 2, dans la région des Plateaux-Ouest.
Son projet photographique, intitulé Les Murmures de l’eau, l’a conduit à une résidence artistique en janvier 2026 au sein de la communauté. Les images issues de ce travail ont été présentées au public à Lomé le 1er février dernier.
Melisa Madanamootoo s’intéresse à la réalité telle qu’elle se présente, sans mise en scène, en privilégiant l’intimité des moments vécus. « L’extraordinaire se trouve dans l’ordinaire », aime-t-elle rappeler, reprenant une phrase de Paulo Coelho.
Dans les villages d’Apédomé, Bloma ou encore Kuma, la photographe a suivi plusieurs familles confrontées à des conditions d’accès à l’eau particulièrement difficiles. Certaines femmes doivent effectuer huit à dix allers-retours par jour pour remplir un tonneau. D’autres parcourent deux à trois kilomètres pour atteindre un puits ou une source, tandis que certaines familles disposent d’un forage situé à plusieurs centaines de mètres.

« Ce qui m’a le plus marquée dans la commune, c’est la disparité. Dans un même quartier, une famille peut avoir l’eau à proximité alors qu’une autre, à quelques mètres, n’y a pas accès », explique la photographe.
Le poids du manque d’eau porté par les femmes et les enfants
Dans la majorité des foyers, la gestion de l’eau repose essentiellement sur les femmes et les enfants. Pendant que les hommes partent au travail, ce sont elles qui assurent l’approvisionnement du ménage, quelle que soit la distance ou la fatigue.
Faute de solutions collectives, les populations s’organisent comme elles peuvent : recours aux rivières, aux étangs, aux puits traditionnels ou aux forages privés. Dans certains cas, la rareté de la ressource oblige même à réutiliser l’eau pour différents usages domestiques.
Cette situation, souvent considérée comme normale par les habitants eux-mêmes, révèle pourtant un enjeu majeur de santé, de temps et de charge de travail, particulièrement pour les femmes.
L’art pour éveiller les consciences
Pour renforcer l’impact de son message, Melisa Madanamootoo a fait le choix du noir et blanc. Une option artistique qui permet, selon elle, de « se concentrer sur l’essentiel et sur l’émotion du sujet ».

Le travail s’inscrit dans une démarche de sensibilisation.
« La photographie a le potentiel de mettre en lumière ce qui ne va pas. J’espère que ce projet amènera les gens à réfléchir et à prendre conscience des réalités auxquelles certaines populations font face chaque jour », confie-t-elle.
Pour Komlan Daniel Agbenonwossi, curateur, la force du projet réside dans sa capacité à humaniser les statistiques. « Quand on parle de chiffres, on ne comprend pas toujours la réalité. Son travail montre les petites histoires derrière les grandes données, le quotidien des personnes qui se battent chaque jour pour avoir de l’eau potable », explique-t-il.
Vives réactions, appel à l’action
« Je suis à la fois content et en colère. Content parce que cela met en lumière une réalité qu’il est difficile de raconter. Mais en colère parce qu’en 2026, certaines personnes doivent encore vivre avec l’angoisse quotidienne de manquer d’eau », souligne le curateur.

L’exposition se veut un appel à la responsabilité collective. Elle interpelle à la fois les pouvoirs publics, mais aussi les citoyens, les organisations et les acteurs du développement, sur la nécessité de proposer des solutions durables.
Avec Les Murmures de l’eau, Melisa Madanamootoo poursuit un travail entamé au Cameroun (résidence à Bandjoun Station) en 2024 autour des enjeux liés à l’eau en Afrique. Son objectif, c’est de donner une voix aux populations concernées et transformer des statistiques anonymes en histoires humaines.
Présenté au Togo, au Bénin et au Cameroun, le projet est soutenu par le Fonds de mobilité de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Il a été présenté à Lomé dans le cadre des activités OFF de la Biennale des Arts en Espace Public du Togo.



























