Kpalimé accueille, du 4 au 6 mars 2026, un atelier national de priorisation des maladies zoonotiques selon l’approche « Une Seule Santé ». Derrière cette formule technique se cache un enjeu : mieux protéger les Togolais contre les maladies transmises entre les animaux et les humains.
Qu’est-ce qu’une zoonose ?
Les zoonoses sont des maladies transmissibles de l’animal vertébré à l’homme et vice versa. Selon les données rappelées lors de l’atelier, plus de 60 % des maladies infectieuses humaines émergentes sont d’origine animale.
Au Togo, plusieurs zoonoses restent préoccupantes :
- la rage
- la brucellose
- la tuberculose bovine
- la grippe aviaire
- la cysticercose
En 2025, le pays a enregistré 1 131 cas de morsures de chiens, dont 15 cas de rage confirmés chez les chiens et 20 décès humains liés à cette maladie. La même année, quatre foyers d’influenza aviaire hautement pathogène ont entraîné l’abattage sanitaire de 4 577 volailles.
Ces chiffres illustrent l’impact sanitaire, économique et social de ces maladies.
Pourquoi une approche « Une Seule Santé » ?
L’approche « Une Seule Santé » (One Health) repose sur une idée simple : la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale mutualisent leurs efforts pour travailler ensemble.
Déforestation, urbanisation, changement climatique, mobilité des populations ou commerce d’animaux favorisent les contacts entre espèces et donc la transmission des maladies.
Pour y faire face, les ministères chargés de l’Agriculture, de la Santé et de l’Environnement ont lancé le processus de priorisation des zoonoses, sur le projet d’appui au renforcement de la préparation et de réponse aux urgences sanitaires au Togo (PREPRUS-Togo) de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), financé par le Fonds de lutte contre les pandémies et l’appui technique de Africa Centers for Diseases Control and Prevention (Africa CDC) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Concrètement, que fait cet atelier ?
L’atelier utilise l’outil OHZDP (One Health Zoonotic Disease Prioritization), développé par le CDC pour prioriser les zoonoses. C’est un outil qui a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays comme le Burkina faso, Ghana et Côte d’ivoire.
Pendant plusieurs jours, des experts issus des secteurs :
- de la santé humaine
- de la santé animale
- de l’environnement
définissent des critères, attribuent des scores aux maladies et établissent une liste classée.
De cette liste, un nombre précis de maladies zoonotiques sera retenu pour bénéficier en priorité des ressources nécessaires pour lutter contre celles-ci.
Quels résultats attendus ?
A la fin de l’atelier :
✔️ une liste consensuelle des zoonoses prioritaires sera adoptée
✔️ des recommandations et prochaines étapes seront définies
L’objectif final : mieux anticiper, prévenir et répondre aux crises sanitaires d’origine animale.
Pourquoi cela concerne tous les Togolais ?
Les zoonoses ne sont pas seulement des questions vétérinaires ou hospitalières. Elles touchent :
- la santé des familles
- la sécurité alimentaire
- l’économie rurale
- la stabilité sociale
En priorisant les maladies les plus dangereuses et les plus coûteuses pour la société, le Togo cherche à utiliser efficacement ses ressources et à renforcer sa résilience face aux futures crises sanitaires.
L’engagement affirmé des partenaires et officiels
Dr Chinenye Emelife Mary, Senior Technical Officer One Health au Africa CDC, a mis en avant l’importance stratégique de l’exercice :
« Cet atelier ne consiste pas simplement à classer les maladies. Il vise à renforcer la gouvernance, à clarifier les mécanismes de coordination et à promouvoir une responsabilité partagée entre les différents secteurs ».
Elle a précisé que les résultats guideront la surveillance, le renforcement des laboratoires, la préparation aux urgences et la mobilisation des ressources.
De son côté, l’OMS a rappelé que cette activité contribue au respect du Règlement sanitaire international (RSI) et à l’amélioration des capacités nationales de préparation aux urgences.
Le préfet de Kloto, M. Assan Koku Bertin, a insisté sur la nécessité d’une action collective :
Aujourd’hui, il n’y a plus de différence entre l’habitat de l’homme et celui des animaux. Nous partageons les mêmes espaces et donc les mêmes maladies. Il est temps que nous nous mettions ensemble pour penser la santé de façon globale.
Représentant le ministre en charge des ressources animales, Dr Komlan Batassé Batawi, conseiller spécial en élevage, a rappelé que la priorisation n’est pas un simple exercice technique :
La priorisation des zoonoses n’est pas un seul exercice technique, mais un véritable outil stratégique d’aide à la décision.
Il a également appelé à dépasser les cloisonnements entre professions :
Face à ces enjeux complexes et interdépendants, l’approche Une Seule Santé s’impose comme une réponse stratégique cohérente et durable. Fini les querelles interprofessionnelles.
































