Kossi Sessi, voix montante de la critique d’art togolaise, sacré au Prix NO’OCULTURES 2025

0
363
Kossi Sessi veut « servir l’art africain par les mots, éclairer les œuvres sans les trahir ».
Kossi Sessi veut « servir l’art africain par les mots, éclairer les œuvres sans les trahir ».

Le critique d’art togolais Kossi Sessi s’impose comme l’une des figures émergentes de la critique d’art en Afrique. Il a remporté la 6ᵉ édition du Prix NO’OCULTURES de la Critique d’Art en Afrique, consacrée cette année à la peinture, à l’issue des délibérations du jury tenues à Ouagadougou, le 22 décembre 2025.

Avec son texte intitulé « Recoudre l’humanité : l’esthétique de la survie dans “Sans Titre” (2007) de Bill Kouélany », Kossi Sessi a obtenu la meilleure moyenne du concours. Sa critique, consacrée à la série picturale Sans Titre (2007) de l’artiste congolaise Bill Kouélany, a séduit le jury par sa pertinence analytique et sa sensibilité.

Dans sa motivation, le jury salue « une analyse cohérente, sensible et maîtrisée, qui allie profondeur esthétique et humanité », soulignant la capacité du critique togolais à établir « un lien pertinent entre les matériaux, la gestuelle artistique et les enjeux de la condition humaine », avant de conclure que le texte interroge « la survie et la reconstruction avec une grande lucidité ».

Dans un entretien accordé à Le clik, Kossi Sessi revient sur son parcours et relativise l’idée d’une absence de tradition critique au Togo. « La critique existe bel et bien au Togo, parfois de manière informelle, orale, spontanée. Le Togolais a un sens aigu de l’observation et du jugement », affirme-t-il.

Passionné par la critique depuis le lycée, il explique avoir structuré sa démarche à travers des formations, notamment Dakar Court Critiques en 2023, où il reçoit un prix de critique cinéma, puis No’OCULTURES en 2024, qui l’initie à la critique des arts plastiques et le conduit, un an plus tard, à ce sacre continental.

Kossi Sessi inspiré par des critiques togolais

Le lauréat revendique également l’héritage de figures togolaises qui l’inspirent : Charles Ayetan pour le cinéma, Madame Hannou pour les arts plastiques et le professeur Apedo Amah pour le théâtre. « Je reçois tout cela comme une grâce : celle de Dieu et de l’art », confie-t-il.

Interrogé sur la suite de son parcours, Kossi Sessi se projette. « Mon ambition est simple mais exigeante : critiquer régulièrement les œuvres visuelles africaines », explique-t-il, évoquant son désir de publier sur ses plateformes personnelles, mais surtout d’intégrer une rédaction de presse écrite afin d’exercer « une critique exigeante, sensible et poétique ».

Pour lui, il s’agit avant tout de « servir l’art africain par les mots, éclairer les œuvres sans les trahir », tout en restant ouvert aux chemins que lui réserve la vie artistique.

Une édition placée sous le signe de la pensée visuelle africaine

Consacrée à la peinture, cette 6ᵉ édition du Prix NO’OCULTURES a invité les participant·es à explorer la densité symbolique et la force expressive de l’œuvre de Bill Kouélany, figure majeure de l’art contemporain africain et fondatrice des Ateliers SAHM à Brazzaville.

Les textes, soumis sous anonymat, ont été évalués par un jury international présidé par Pascal Konan (Côte d’Ivoire), aux côtés de Elie Ramanankavana (Madagascar) et Patrick Ngouana Nkene (Cameroun). Le jury a salué la montée en rigueur des écritures critiques africaines, tout en appelant à une vigilance accrue face à l’usage de l’intelligence artificielle.

Les autres lauréats

Outre Kossi Sessi, cette édition a distingué le Camerounais Ismaël Nsangou, classé deuxième avec « Bill Kouélany et l’universalisme », et l’Ivoirien Christian Hervé Guehi, troisième avec « Critique d’art : l’universalité mise à nu par Bill Kouélany ».

Les trois textes finalistes seront publiés dans la revue NO’OCULTURES et sur la plateforme dédiée. Le premier prix recevra également un trophée lors d’une manifestation artistique consacrée à la peinture et aux arts visuels.

Créé en 2020, le Prix NO’OCULTURES poursuivra son engagement en 2026 avec une nouvelle discipline et une ouverture renforcée aux jeunes voix critiques émergentes du continent.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici