Prévenir les zoonoses en coexistant avec la biodiversité : « Il faut minimiser les contacts avec les animaux dans leur habitat naturel », Dr Walter Kra

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Dr Walter Kra, sociologue à l'université Alassane Ouattara de Guadeloupe et membre du REFUSI
Dr Walter Kra, sociologue à l'université Alassane Ouattara de Guadeloupe et membre du REFUSI

« L’écosystème des épidémies : comment coexister avec la biodiversité pour prévenir les zoonoses ? ». Ce thème a été abordé le mardi 10 juin en marge de la deuxième conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones à l’université Félix-Houphouët-Boigny.

Dr Walter Kra, sociologue à l’université Alassane Ouattara de Guadeloupe et membre du REFUSI, l’un des intervenants, a souligné l’importance d’examiner les zoonoses sous plusieurs angles, notamment celui des sciences sociales. Il a expliqué que ce phénomène est principalement lié aux comportements humains qui envahissent des espaces naturels, entraînant ainsi des interactions entre humains et animaux, augmentant le risque de transmission de maladies.

« La question des zoonoses, qui se définit comme la transmission de la maladie de l’animal à l’homme et vice versa, doit être appréhendée sous différentes formes et dimensions, y compris sous l’angle des sciences sociales. C’est un phénomène d’abord comportemental qui consiste, pour les humains, à occuper des espaces qui ne sont pas les leurs, notamment les espaces naturels de biodiversité. Malheureusement, quand l’homme occupe ces espaces, il organise une vie sociale qui crée des interactions entre l’homme et l’animal, ce qui est une source de risque de zoonoses. » A-t-il expliqué.

Selon ce scientifique, la notion de coexistence avec la biodiversité devrait être repensée, car elle peut être une source de rupture. Il préconise de laisser les animaux dans leur environnement naturel.

« C’est pour cela que les parcs nationaux et les réserves existent. Il faut trouver le moyen de les laisser là où ils sont, de façon à ce qu’il y ait le moins de contact possible. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. L’homme s’invite dans le milieu naturel, et l’animal aussi s’invite en milieu urbain, sous l’effet de phénomènes comme l’urbanisation galopante. Quand on détruit des parcelles de forêts pour construire des bâtiments, on s’attaque aux habitats des animaux. » Dit-il.

Dr Kra a également évoqué des exemples concrets, comme celui des éléphants à Daloa, qui ont quitté leur habitat sous pression anthropique pour se retrouver en milieu urbain, entraînant des dégâts humains.

« Quand ils n’ont plus d’habitat, ils se sentent légitimes à venir concurrencer ou compétir avec l’homme sur les habitats urbains. On a vu ce phénomène par exemple en Côte d’Ivoire, à Daloa, où des éléphants sont sortis, il y a quelques années de cela, de leurs habitats qui étaient sous pression anthropique, pour se retrouver dans la ville de Daloa, ou dans les environs de la ville de Daloa, et il y a eu des dégâts humains, il y a eu même des morts. Donc il faut que l’homme reste dans son habitat, et les animaux dans le leur ».

Pour prévenir les zoonoses, Dr Kra propose plusieurs alternatives. Il insiste sur la nécessité de promouvoir la science pour mieux comprendre les relations complexes entre l’homme et la nature.

« Cela se fait déjà, mais il faut en faire davantage. Les résultats de la science ne doivent pas rester dans les tiroirs. En règle générale, dans d’autres pays africains, la connexion entre la science et le politique n’existe pas toujours. Les décisions politiques ne sont pas toujours prises sur la base des évidences scientifiques. Cela doit changer ».

Il souligne également l’importance d’une approche pluridisciplinaire, « puisqu’on parle de One Health, une seule santé, donc il y a une approche pluridisciplinaire qui relie les questions de santé humaine, animale et environnementale ».

« Les institutions étatiques et non étatiques doivent être renforcées pour porter ce projet, mener des recherches et puis de faire le plaidoyer pour que les politiques s’intéressent aux résultats scientifiques ».

Cette session plénière, réunissant une centaine de journalistes venus de 17 pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, a connu l’interventions également du professeur Bassirou Bonfoh, directeur d’Afrique One, qui a pris la parole en ligne depuis Lomé, au Togo, et le professeur Anicette Ouali N’Goran, entomologiste. La modération a été assurée par Yves Sciama, journaliste scientifique français indépendant, et Marthe Akissi Kra, journaliste ivoirienne à la RTI.

Cette deuxième édition, qui prend fin le 14 juin, s’inscrit sous le thème « Une seule santé » (One Health). Ce concept met en exergue l’interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale, un enjeu pertinent dans un monde confronté à des crises sanitaires et écologiques de plus en plus interconnectées.

Ruth Kutemba

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